APICULTURE. La première miellerie collective de Normandie sortira de terre en 2027
Le Centre d’études techniques apicoles (CETA) Abeille Noire de l’Orne ouvrira la première miellerie collective de l’Orne, et même de Normandie, à Chailloué au printemps 2027. Cet outil offrira un accès à un matériel coûteux aux apiculteurs.
Les premiers coups de pelle ont été donnés il y a quelques jours sur le site de La Dultière, à Chailloué. D’ici au printemps prochain, le Centre d’études techniques apicoles (CETA) Abeille Noire de l’Orne y ouvrira la première miellerie collective de l’Orne, mais aussi de Normandie, ouverte aux petits apiculteurs.
Un équipement inédit
Pensée comme un véritable outil de mutualisation, cette nouvelle structure doit permettre aux adhérents du CETA, mais également à l’ensemble des apiculteurs qui le souhaitent, de bénéficier d’un matériel professionnel d’extraction et de conditionnement du miel, jusque–là inaccessible pour beaucoup en raison de son coût.
Le projet s’inscrit dans la continuité du développement du site de La Dultière, déjà consacré depuis près de vingt ans à la formation et à la sauvegarde de l’abeille noire. Sur place, le rucher école, les laboratoires d’élevage de reines, les locaux techniques et le magasin de fournitures apicoles accueillent déjà les activités du CETA et de l’Union apicole ornaise (UAO).
L’association, créée il y a une douzaine d’années pour compléter l’action du syndicat apicole, rassemble aujourd’hui plus de 400 adhérents et peut compter sur une quarantaine de bénévoles. Son objectif est double: former les apiculteurs tout en assurant la sauvegarde et la diffusion de l’abeille noire, race locale particulièrement adaptée aux conditions climatiques normandes. La future miellerie représente une étape supplémentaire dans cette dynamique de développement.
Mutualiser un matériel coûteux
L’idée est née d’un constat simple: pour un apiculteur amateur ou semi–professionnel, investir dans une chaîne d’extraction performante est rarement rentable. « Une chaîne complète représente environ 40 000 euros de matériel et ne sert finalement que quelques jours par an », indique Eric Lecoq, apiculteur depuis 30 ans et enseignant au rucher école depuis plus de 10 ans.
Grâce à la future miellerie, plusieurs apiculteurs pourront utiliser les mêmes équipements professionnels dans des conditions répondant aux normes sanitaires actuelles. Une véritable chaîne d’extraction permettra de traiter en une journée la récolte d’un important rucher, là où plusieurs jours sont parfois nécessaires aujourd’hui.
Pour le CETA lui–même, qui gère plus de 400 ruches réparties sur l’ensemble du département, ce nouvel outil permettra également de soulager les nombreux bénévoles chargés, jusqu’à présent, d’extraire séparément le miel de chaque rucher.
Développer l’apiculture
La miellerie ne servirà pas uniquement à se servir dans le miel des abeilles. Le bâtiment comprendra notamment une salle de séchage permettant de diminuer naturellement le taux d’humidité du miel lors des années particulièrement plu- vieuses, garantissant ainsi une meilleure qualité de conservation.
Les apiculteurs pourront également bénéficier d’un service de mise en pots grâce à une machine de dosage très précise, indispensable pour respecter la réglementation en vigueur sur le poids des produits com- mercialisés. Chaque utilisateur conservera son propre miel, sa traçabilité et son étiquetage.
Le CETA continuera également de proposer un service original destiné aux producteurs confrontés à un surplus de récolte. Les excédents pourront être regroupés puis commercialisés auprès de grossistes, évitant ainsi une baisse des prix sur le marché local tout en assurant un débouché aux apiculteurs.
Au–delà de l’aspect technique, cette miellerie a aussi vocation à favoriser le développement des exploitations apicoles. Nombre d’apiculteurs limitent aujourd’hui volontairement le nombre de leurs ruches faute de disposer d’un matériel d’extraction adapté.
En mutualisant les équipements, le CETA espère lever ce frein et permettre à davantage d’adhérents d’augmenter progressivement leur cheptel. Pour Gérard Corvée, faciliter le travail des apiculteurs revient également à favoriser le maintien des colonies d’abeilles et, plus largement, de la biodiversité.
Un chantier de 200 000 euros
Après quatre années de préparation, dont la recherche d’un premier site abandonné, l’obtention du permis de construire, le montage des dossiers admi- nistratifs et les demandes de subventions, les travaux ont débuté par les opérations de terrassement puis de fondations.
Une station d’épuration spécifique est notamment en cours d’installation afin de respecter les contraintes environnementales du site, situé à proximité d’une zone inondable. Au total, le projet représente un investissement d’environ 200 000 euros.
Le financement repose sur plusieurs partenaires, avec notamment une participation de 8000 euros du Département de l’Orne ayant permis d’obtenir un important soutien européen à hauteur de 32000 euros via le programme LEADER. Le reste est financé grâce aux fonds propres de l’association ainsi qu’à un emprunt bancaire.
Une ouverture prévue au printemps 2027
Si le gros œuvre devrait être achevé d’ici la fin de l’année, les équipements seront ensuite installés afin que la miellerie puisse accueillir ses premiers utilisateurs dès la prochaine récolte de printemps, entre fin avril et début mai 2027.
Les apiculteurs souhaitant se former peuvent, quant à eux, d’ores et déjà s’inscrire sur le site web du CETA.
Inscriptions rucher–école: www.ceta-ano.fr